Exclusif: Notre entrevue avec Hassan Yussuff

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Voici un extrait de l’entrevue exclusive que M. Yussuff a accordée aux envoyés spéciaux du Syndicat des employées et employés nationaux à la suite de son discours au congrés du SEN.

Syndicat des employées et employés nationaux — Parler de ce que vous voulez voir disparaître est une chose, mais décrire ce que vous voudriez mettre à la place en est une autre. Pouvez-vous nous indiquer à quoi ressemblerait notre pays après qu’il aurait été rebâti comme vous le souhaiteriez?

Hassan Yussuff — Il s’agirait d’un pays plus juste. La contribution des travailleurs serait appréciée à sa juste valeur. Le gouvernement accorderait la priorité à toutes ces choses qui revêtent de l’importance pour les travailleurs : de bons emplois; un meilleur système de soins de santé; de meilleurs régimes de retraite permettant à ceux qui ont travaillé toute leur vie de se retirer dignement de la population active; et un avenir où les jeunes pourront toucher de bons salaires leur permettant de quitter le domicile familial et d’acquérir leur propre logement. Il est fondamental que les gens croient que la société a une finalité et qu’elle va dans la bonne direction. Cette conviction est en train de disparaître. On nous dit que nous n’avons pas les moyens de nous payer un bon système de santé. On nous dit qu’il est impossible d’avoir de bons emplois au sein d’une économie mondialisée. On nous dit que nos régimes de retraite sont beaucoup trop généreux. Il s’agit là de choses fondamentales, et nous devons affirmer que nous avons le droit d’en bénéficier. Notre société est plus riche qu’elle ne l’a jamais été dans le passé. Nous sommes plus riches qu’à l’époque où nos régimes de retraite ont été mis en place. On nous dit que les jeunes ne doivent pas s’attendre à obtenir un emploi à temps plein ou un régime de retraite, mais les riches, pour leur part, semblent s’en être très bien tirés. J’espère que le pays dans lequel grandira ma fille sera meilleur que celui où je suis arrivé. Ma fille ne devrait pas avoir à se battre pour qu’on respecte les droits des femmes ou pour avoir accès à des services de garde — il devrait s’agir là de droits fondamentaux; il devrait s’agir là non pas d’un rêve, mais d’une réalité. Nous avons les moyens d’y arriver. Nous pouvons le faire. Il faudrait simplement qu’un gouvernement ou un chef en fasse sa priorité. Si le gouvernement est en mesure d’accorder aux sociétés des réductions d’impôts d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, il peut assurément faire cela.

SEN — Dans le cadre de votre discours, vous avez mis l’accent sur les avantages sociaux que le mouvement syndical a été en mesure d’acquérir pour le bénéfice du Canada et de tous les Canadiens. Il s’agit là du message qui touchera les gens, n’est-ce pas?

HY — À mes yeux, le rôle des syndicats a été de renforcer les droits non seulement de leurs membres, mais également de l’ensemble de la population. Si nous perdons cela de vue, nous perdrons l’appui du public. Nous devons rappeler à la population tout ce que nous faisons de bien. Nos opposants nous ont piégés. Nous allons devoir trouver une façon de faire savoir aux gens que, sans les syndicats, il ne sera pas possible d’améliorer les lois et de changer les choses. Nous nous battons non seulement pour nos membres, mais également pour l’ensemble de la société.

SEN — Vous avez parlé de la mobilisation et de l’organisation en vue des prochaines élections fédérales. Avez-vous des suggestions précises à formuler à l’intention des membres?

HY — Nous allons organiser un peu partout au pays des conférences d’action politique afin de discuter de l’adoption d’une stratégie commune qui nous permettra de faire connaître les mesures que le gouvernement a prises contre les travailleurs. Nous voulons que nos membres soient conscients du fait qu’ils ne sont pas seuls. Nous voulons qu’ils sachent que les syndicats affiliés peuvent unir leurs efforts. Nous devons montrer aux gens ce qu’ils peuvent faire pour tenir en milieu de travail des discussions à ces sujets et les aider à cerner un certain nombre de sujets et de questions qui se trouveront au centre des prochaines élections.

SEN — On a relevé une tendance consistant à semer la division au sein de l’effectif en faisant en sorte que les nouveaux employés ne soient pas admissibles, au titre des conventions collectives, aux avantages sociaux et aux pensions dont bénéficient les employés possédant de l’ancienneté. Chaque groupe de travailleurs possède des droits qui lui sont propres. À votre avis, s’agit-il là d’une stratégie qu’utilise le gouvernement?

HY — Oui, c’est un fait notoire. Nous avons énormément de difficultés à amener les jeunes employés à être solidaires des autres. Cette stratégie représente un moyen très systématique de miner la crédibilité du syndicat. Les membres sont rarement conscients du fait que l’employeur a créé ce système à deux vitesses; ils ne saisissent pas le contexte, et ils jettent le blâme sur le syndicat. Un nombre colossal d’employés actuels prendront leur retraite au cours d’une brève période. [Le gouvernement] entend modifier fondamentalement la nature de ses relations avec les travailleurs, et il n’a pas beaucoup de temps pour le faire. Cette charge contre les droits a pour but de faire savoir à la nouvelle génération de travailleurs qu’ils ne doivent pas s’attendre à pouvoir profiter d’avantages sociaux et de régimes de retraite. De toute évidence, nous devons faire quelque chose, car pour l’essentiel, il en va de l’avenir de nos jeunes.

SEN — Vous avez évoqué l’exode qui est sur le point de se produire. Bon nombre de travailleurs aguerris qui sont membres de notre syndicat prendront bientôt leur retraite. Le CTC est-il préoccupé par le fait que quelques-uns des ténors du mouvement syndical sont sur le point d’accrocher leurs patins?

HY — Cela pose actuellement des difficultés au Congrès. Il s’agit d’une préoccupation, mais je demeure confiant, car je sais qu’une foule de jeunes gens brillants prendront la relève. Cela ne portera pas atteinte au mouvement syndical; il en ressortira quelque peu affaibli puisque l’expérience a une valeur inestimable lorsqu’on est aux prises avec de grandes difficultés. Dans bien des cas, nous pouvons compter sur des gens qui ont vu neiger. Cela dit, un changement de garde est une chose stimulante — cela peut aboutir à un renouvellement et se traduire par de nouvelles façons de faire les choses.

SEN — Sur son compte Twitter, un de nos membres a dit à la blague que vous aviez le don d’ubiquité. Il semble effectivement que vous faites de nombreux discours et que vous vous déplacez énormément depuis votre élection, qui ne date que de trois mois.

HY — Ce qui me stimule sans cesse, ce sont les possibilités que l’avenir nous réserve. J’ai la chance inestimable de pouvoir diffuser un message, et on a l’impression que des changements sont en train de se produire au sein du Congrès. Des élections auront lieu sous peu, et j’estime que nous devons contester le programme du gouvernement — nous devons l’attaquer et nous devons en parler. Nous luttons contre un gouvernement qui est en train de tout détruire. En ce moment, ma tâche consiste à inspirer les gens, car ils croient que le combat est perdu d’avance. Je dois contribuer à combattre ce défaitisme. Nous devons faire en sorte qu’ils croient qu’ils peuvent changer le cours des choses. Il y a énormément de pain sur la planche, mais je présume que j’aurai amplement le temps de me reposer une fois que nous nous serons débarrassés du gouvernement Harper.

UNE – Merci, monsieur Yussuff.

Vous pouvez en découvrir davantage au sujet du discours que M. Yussuff a livré au congrès en consultant notre bulletin du 13 août.

 

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