La grève qui a secoué le Canada

Pouvez-vous vous imaginer travailler douze heures par jour, six jours par semaine? On ne parle pas ici des obsédés du travail; on parle de la vie de tous les jours avant que les syndicats ouvriers ne voient le jour!

C’est à ce temps‑ci de l’année, en 1872, que les travailleurs de Hamilton et de Toronto commencent à réclamer des journées de travail de neuf heures. Parmi eux, il y avait des imprimeurs qui travaillaient pour le Toronto Globe et le Toronto Mail.

Le 25 mars 1872, des membres du Toronto Typographical Union quittent le travail. D’autres travailleurs torontois se joignent à eux en signe de solidarité. La grève des imprimeurs de Toronto atteint son paroxysme le 15 avril : 10 000 personnes qui sont de leur bord se joignent à la manifestation à Queens Park1.

George Brown, un des Pères de la Confédération et propriétaire du Toronto Globe, n’était pas très enchanté de ce grabuge. En fait, pendant la dernière grève de ses travailleurs, en 1854, M. Brown avait réussi à faire condamner des militants syndicaux pour « complot pour agir de concert avec d’autres personnes » (ce qui, selon nous, est synonyme de « se tenir debout »2!).

En fait, comme l’avait si bien fait remarquer ce bon vieux M. Brown, les lois canadiennes ne protégeaient aucunement les syndicats ouvriers3.

M. Brown a fait arrêter 13 membres du Toronto Typographical Union et ils ont été condamnés pour complot pour s’être tenus debout. Les dirigeants des syndicats ouvriers en avaient assez; ils ont rencontré le premier ministre John A. Macdonald et lui ont demandé de mettre fin à cette situation invraisemblable. (N.B. Le fait que M. Macdonald et M. Brown étaient des adversaires politiques… ça pourrait avoir aidé!)

La Loi des unions ouvrières a donc été adoptée en 1872. Et comme faire du piquetage est relativement important si vous faites partie d’un syndicat, en 1876, une loi britannique qui rendait le piquetage illégal a été abrogée4.

Une foi que les syndicats étaient protégés sous la loi, la semaine de 54 heures est devenue une demande commune dans les milieux syndiqués.5

Qu’est-il arrivé à ce bon vieux M. Brown?

Eh bien, en 1884, Christopher Bunting du Toronto Mail et lui se sont réunis avec d’autres éditeurs de Toronto pour imposer une réduction de salaire de 10 % aux imprimeurs. La grève que cette mesure a provoquée n’a pas porté fruit, mais les imprimeurs se sont fait un devoir de s’opposer à tous les candidats municipaux soutenus par le Toronto Mail6.

Ils ont même imprimé des dizaines de milliers de tracts dans lesquels ils demandaient aux gens de ne pas voter pour le candidat à la mairie que privilégiait le journal, soit M. Manning7.

Après la défaite du pauvre M. Manning, les propriétaires de journaux à Toronto ont compris qu’il fallait laisser les imprimeurs tranquilles (parce que, bien évidemment, les imprimeurs savent comment produire des tracts!)8.


[1] Hébert, G. « Grèves et lockouts ». L’Encyclopédie canadienne.

[2] Kealey, G. (1980). Toronto Workers Respond to Industrial Capitalism, 1867-1892. University of Toronto Press, Toronto, Canada.

[3] Idem.

[4] Guest, D. (1997) The Emergence of Social Security in Canada. 3e édition. UBC Press, Vancouver, Canada.

[5] Marsh, J. Les Origines de la fête du Travail.  L’Encyclopédie canadienne

[6] Kealey, G. (1980). Toronto Workers Respond to Industrial Capitalism, 1867-1892. University of Toronto Press, Toronto, Canada.

[7] Idem.

[8] Idem.

Les commentaires sont fermés